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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Pyromanes - Christian Demark

Publié par Thierry L. sur 1 Août 2021, 10:34am

Catégories : #Dévoré

La poétique de la terre brûlée !

"Ô lecteurs, qui voyez le secret des cœurs, donnez-moi la grâce de connaître mes péchés, et de vous les confesser avec crainte." C'est par ces mots que Matt, le narrateur du deuxième roman de Christian Demark (après Westend), pourrait nous exhorter à écouter sa confession. Car il s'agit bien d'un examen de conscience qu'entreprend ce scénariste au mitan de sa vie, lui qui n'a su que cautériser ce qu'il adorait. Amantes et amis, nul n'échappe à son holocauste expiatoire. Matt, en grand sacrificateur, immole sa seule passion, la douce Dia aux yeux de miel, son frère de sang, le charismatique Bruno, et couvre sa vie de cendres. Cruelles mortifications. Qu'expie-t-il ? Peut-être le fait de n'avoir su, par sa seule préséance de fils unique, éviter la séparation douloureuse de ses parents. L'explicit du roman est en cela révélateur de ce traumatisme primal.

Cette autofiction aux couleurs saturées et à la bande-son éclectique maltraite la temporalité et désintègre le cours du récit en plongeant les réminiscences de son narrateur dans le décor carbonisé d'une Californie fantasmée. A fleur de peau, Matt l'incendiaire noie les flammes de son brasier sous ses larmes de petit garçon : un père si loin si proche, une mère démente... On crève tous de son enfance.

Christian Demark maîtrise l'art de la formule cinglante, des ellipses déroutantes et son roman vous happe. Avec son mélange de flashbacks inopinés et de retours à un présent incandescent, l'auteur ne nous émeut jamais autant que lorsqu'il baisse soudain la garde. Il ne maquille plus alors ses souffrances sous la couche de suie de son cynisme. On regrettera bien quelques éclats criards (personnages ou twists outrés, concessions nostalgiques aux films et livres aimés) mais on sortira de cet écobuage intime conquis par tant de sincérité, d'impudeur pudique et d'habileté.

Et ego vos absolvo a peccatis vestris.

PS : Quel dommage que "La P'tite Hélène éditions" n'ait pas un correcteur plus avisé !

 

 

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