
Limoger : Verbe transitif. C'est à l'origine un terme argotique de l'administration militaire dérivé du nom de Limoges, ville du centre de la France où le généralissime Joffre assigna à résidence les officiers d'état-major qu'il avait relevés de leurs fonctions au début de la Première Guerre mondiale. Correspondant d'abord à "relever (un officier général) de ses fonctions", limoger est passé dans l'usage commun au sens plus général de "frapper (une personne haut placée) d'une mesure de disgrâce".
Litote : Nom féminin. Emprunté au grec litotês "simplicité, absence d'apprêts", en rhétorique "figure laissant entendre plus que l'on ne dit". Le mot dénomme un procédé stylistique qui consiste à dire moins pour faire entendre plus et, par métonymie, l'expression qui applique ce procédé. Exemples :
1. "- Voyons, ne dites pas du mal d'Odette, dit Mme Verdurin en faisant l'enfant. Elle est charmante.
- Mais cela ne l'empêche pas d'être charmante ; nous ne disons pas du mal d'elle, nous disons que ce n'est pas une vertu, ni une intelligence." (Marcel Proust, Un amour de Swann)
2. "Je n'aime pas dire du mal des gens, mais effectivement elle est gentille." et "Figurez-vous que Thérèse n'est pas moche, elle n'a pas un physique facile. C'est différent!" (Pierre Mortez, Le Père Noël est une ordure)
Longanimité : Nom féminin. Emprunté au latin chrétien longanimitas "patience, indulgence". D'abord employé au sens d' "indulgence", il a développé par extension le sens de "patience à endurer les souffrances morales" ; il est resté littéraire ou didactique.
Longtemps : Le début de la Recherche...
Variations sur un thème de Marcel Proust par Georges Perec
"00 Texte-souche
Longtemps je me suis couché de bonne heure
01 Réorganisation alphabétique
B CC EEEEEEEE G HH I J L MM NNN OOO P R SSS T UUU
02 Anagramme
Hé, Jules, ce môme chenu de Proust songe bien !
03 Anagramme (autre)
Je cherche le temps bougé ou semé d’un sinon…
04 Lipogramme en A
Longtemps je me suis couché de bonne heure
05 Lipogramme en I
Longtemps nous nous couchâmes de bonne heure
06 Lipogramme en E
Durant un grand laps on m’alitât tôt
07 Translation
Lugubrement je me suis couronné : honteusement
08 Palindrome strict
Eru, eh ! En no bed ! Eh cu oc si usé me j s.p. met gnol…
09 Bourdon
Longtemps je me suis coché de bonne heure
10 Double bourdon
Longtemps je me suis coché de bonne hure
11 Épenthèse
Longtemps je me suis coluché de bonne heure
12 Négation
Longtemps je ne me suis pas couché de bonne heure
13 Insistance
Pendant longtemps, pendant très longtemps, pendant très très très longtemps, oui, moi, je me suis couché, je suis allé au lit quoi, de très bonne heure, de très très très bonne heure, vraiment de très très très bonne heure…
14 Ablation
Je me suis couché de bonne heure
15 Ablation (autre)
Longtemps je me suis couché
16 Double ablation
Je me suis couché
16 bis Triple ablation
…
17 Triple contresens
Jadis, j’acceptai de perdre le match à l’aube
18 Autre point de vue
Marcel, au lit !!!
19 Variations minimales
Longtemps je me suis bouché de bonne heure
Longtemps je me suis douché de bonne heure
Longtemps je me suis mouché de bonne heure
Longtemps je me suis touché de bonne heure
20 Antonymie
Une fois, l’autre fit la grasse matinée
21 Amplification
Éternellement, je me recouche de plus en plus tôt
22 Diminution
Parfois, je m’étendais pas trop tard
23 Permutation
De bonne heure, je me suis couché longtemps
24 Contamination croisée
a) Le 15 mai 1796, je me suis couché de bonne heure
b) Longtemps, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles, César et Alexandre avaient un successeur
25 Isomorphismes
Une fois sur deux le confiteor se chante a capella
Généralement le peroxydase de potassium s’évapore vite
26 Synonymie
Pendant plusieurs années j’allai au lit tôt
27 Fine déduction
Dès mon plus jeune âge, je me suis intéressé à des histoires de plume
28 Contamination (autre)
Comme il faisait une chaleur de 33°, je me suis couché de bonne heure
29 Isoconsonnantisme
L’art toujours mou se cachait dans Ben Hur
30 Isovocalisme
Qu’on rende le fruit fourré cher aux veuves
31 Isophonisme
L’honte en germe, est-ce huis ? Coup chez deux bons heurts !
32 Boule de neige clinamenoïde
J’
ai
été
long
temps
couché
dorloté
embrassé
rondement
diablement
suprêmement
debonneheure
marcel proust
33 Hétérosyntaxisme
De nombreuses années me connurent couche-tôt
34 Alexandrin
Fort longtemps je me suis / couché de très bonne heure
35 Interrogation
Je me serai longtemps couché de bonne heure ?
Nous laisserons le lecteur en proie à cette douloureuse question."
Loustic : Nom masculin. Emprunté à l'allemand lustig "gai, joyeux, amusant", le mot a d'abord été introduit en français au XVIIIe s. par les régiments suisses de l'ancienne monarchie française. Le loustic était le bouffon du régiment chargé de distraire les soldats menacés du mal du pays. Par extension, le mot a pris le sens de boute-en-train, dans une caserne et, dès le XVIIIe s., il est entré dans l'usage courant au sens de "personne qui a pour rôle d'amuser une société par ses plaisanteries" ; il s'est appliqué ensuite à tout individu facétieux. De nos jours, la méconnaissance de son étymologie le fait souvent employer avec une valeur péjorative, un drôle de loustic étant l'équivalent de drôle de type.
Lupercal, ale, aux : Adjectif et nom féminin pluriel. Emprunté au latin lupercalis "de Lupercus, des Luperques", substantivé comme nom du lieu consacré au dieu Lupercus dans l'ancienne Rome où, selon la légende des origines de Rome, la louve aurait nourri Romulus et Rémus. Le mot est dérivé de Lupercus "le dieu-loup", et au féminin Luperca, "la déesse-louve", le pluriel Luperci désignant les prêtres chargés de célébrer le culte du dieu dans les lupercalia, fêtes annuelles célébrées à Rome le 15 février, comportant un sacrifice et un banquet. L'épisode le plus important était une course de prêtres. Ceux-ci, nus, revêtus d'une peau de loup, puis de bouc couraient autour du Palatin, flagellant les passantes avec des lanières de cuir, pratique censée assurer leur fécondité. Le mot a été repris par les historiens de l'antiquité avec tous les emplois du mot latin.
Luron, onne : Nom. Mot populaire qui se rattache à une série de formes régionales dont à lurelure "au hasard, sans intention précise", lurer "dire des sornettes"... Ces formes ont pour base des refrains de chanson populaire, tel Avant lure, lurete, Avant lure, luron, Mon Dieu que je suis vrai luron etc. Luron "joyeux compère, bon vivant" et "homme hardi, gaillard" a développé au XIXe s. la spécialisation "hardi en amour". L'emploi le plus vivant est joyeux luron.
