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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Les Papiers Posthumes du Pickwick Club - Charles Dickens

Publié par Thierry L. sur 13 Août 2021, 06:21am

Catégories : #Lu

Premier véritable roman de Dickens, Pickwick Papers constitue un merveilleux galop d'essai pour le jeune écrivain. Ce qui était contrainte -besogne de commande, il s'agissait alors de narrer les exploits burlesques d'un quarteron de nemrods-, devient le meilleur moyen d'affûter une plume déjà prometteuse (V° Les Esquisses de Boz). Le jeune écrivain de 25 ans se lance à brûle-pourpoint dans un monumental récit picaresque, magistral compendium de l’œuvre à venir.

Quatre membres du Pickwick Club, l'honorable Président Général Samuel Pickwick, vieux baudruchard assommant, Tupman, galant sur le retour, Snodgrass, insignifiant rimailleur et Winkle, athlétique fier-à-bras, partent en voyage et se promettent de faire une recension complète et loyale de leurs perambulations anglaises.

"(...) so long life to the Pickvicks, says I!"

Que notre cénacle de jobards participe à une chasse ou à des élections parlementaires, qu'il prenne les eaux à Bath ou séjourne dans la prison de Fleet, l'art du conteur fait florès. Dickens invente à l'emporte-pièce, avec grâce et alacrité, une foultitude de personnages qu'il croque avec maestria et dénonce brillamment les travers de son époque (alcoolisme, sectarisme, misère institutionnalisée, justice inique...).

Avec une faconde étourdissante et un humour d'exception, le romancier compose d'inoubliables silhouettes : Sam Weller, factotum désopilant du brave Pickwick, sorte de Sancho Panza cockney, nous réjouit de ses aphorismes grinçants ; son père Tony, cocher rubicond et mari contrarié, multiplie les pataquès hilarants ;  Allen et Sawyer, carabins éthyliques, Mrs Bardell et ses judicieuses pâmoisons, Jingle aigrefin au style télégraphique, Joe, bedonnant narcoleptique, Stiggins, pasteur intempérant et toute une cohorte d'excentriques et de filous drôlatiques s'agitent dans ce gros roman généreux pour notre plus grand plaisir.

Pisse-copie de génie, Dickens parvient, qu'il truffe son revigorant kidney pie d'historiettes annexes, parfumées la plupart du temps de l'humour le plus noir ou qu'il rallonge sa sauce en aimables digressions -conversations ineptes, chants avinés ou apartés superflus-, à nous charmer par la fluidité de son style et sa totale absence de prétention.

Au fur et à mesure de leurs rencontres, les héros de Dickens prennent de l'épaisseur et son quatuor d'ahuris s'humanise : Samuel Pickwick, explorateur social, œuvre désormais pour le bienfait des malheureux, sauve l'un de la déchéance, encourage le mariage d'un autre ou pardonne avec magnanimité les nuisances d'un troisième. "Voilà ; et maintenant tout ça vous a un petit air propre et gentil, comme disait le père qu'avait coupé la tête à son petit garçon pour l'empêcher de loucher."

Succulent !

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