
Oooga-booga !
Avec le deuxième volet de son nouveau Quatuor de Los Angeles, James Ellroy frappe dru. Car il s'en passe des choses dans cette Comédie inhumaine et le romancier, de plus en plus frappadingue, nous balance des vertes et des pas mûres !
Los Angeles en 42 c'est une cocotte-minute sous très haute pression : Des sinarquistas, "Des flics ripoux. Des types de la cinquième colonne. Des cocos. Des nazis. Des Japs, des Chinetoques, des Mexicains..." et des noms, "d'autres noms", "D'autres encore", "Encore d'autres", "Plein plein de noms", "Pléthore de noms" (d'où une liste des personnages bienvenue en fin d'ouvrage).
Ellroy lacère, déchiquète, taillade l'Histoire à coups de sabres : il mêle le vrai et le faux, résout un mystère -celui très intrigant de The Battle of L.A.- d'un pied de nez, fantasme une invraisemblable conférence entre Nazis et Soviétiques, en 39 à Ensenada, Basse Californie et dézingue avec jubilation quelques célébrités (Orson Welles, Otto Klemperer ou les directeurs du LAPD entre autres).
Dans ce bouillon de culture, il marque à la culotte l'étonné Elmer Jackson, flic-maquereau au cœur d'artichaut, Hideo Ashida, Japonais collabo aux désirs contrariés, Joan Conville, qui s'épanche dans son journal d'une fille perdue et l'infââââme Dudley Smith, grand méchant Loup pervers, la quintessence du scélérat. Ça va vite, très vite, c'est touffu, foisonnant, exubérant... Le lecteur se paume dans les méandres d'un récit éclaté mais Ellroy sait le ménager en multipliant les récapitulatifs hâtifs et les présumés résumés.
Quelques pages arrachées aux cahier de la diariste Kay Lake interrompent la frénésie du roman et permettent d'alentir le rythme endiablé du Dog. Kay et toutes ses consœurs, Claire, Beth, Joan, Jean, Ruth ou Constanza mènent cette danse macabre : les femmes décidément plus fortes que "This storm, this savaging disaster".
Ardu hard boiled, La tempête qui vient est un très grand Ellroy, saignant, brutal et furieusement humain. "Je reste envoûté(...) par le sortilège"
