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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Les Maîtres sonneurs - George Sand

Publié par Thierry L. sur 17 Août 2022, 17:09pm

Catégories : #Lu

"(...) je te dis que la chanson, la liberté, les beaux pays sauvages, la vivacité des esprits, et si tu veux aussi, l'art de faire fortune sans devenir bête, tout ça se tient comme les doigts de la main (...)"

Marivaudage chez les Berrichons.

Le chanvreur Étienne Depardieu, dit Tiennet, se souvient de sa jeunesse lointaine et en fait le récit lors de veillées au coin du feu.

Louis XVI entamait alors son règne et le Berry vivait à l'écart de la révolution industrielle : la langue , les us, les coutumes et les mœurs y semblaient encore encroûtés dans un archaïsme pittoresque.

Tiennet donc, se remémore son amitié avec la coquette Catherine (surnommée Brulette) et le benêt Joset. Ce naïf trio entraîné par la lubie de Joset qui rêve de devenir cornemuseux quitte le plat pays de Nohant pour les forêt du Bourbonnais à la recherche d'un maître sonneur. Ils s'y lieront avec les enfants d'un "bûcheux" musicien : le séduisant Huriel et son irrésistible sœur, la belle Thérence. S'ensuivront nombre d'aventures galantes ou périlleuses.

George Sand nous livre ici un roman champêtre construit sur l'ambivalence : peuple des champs contre peuple des bois ; honnêteté et franchise versus déloyauté et insinuations ; musique patrimoniale et création novatrice. On aurait apprécié plus de nuances mais ne boudons pas notre plaisir. L'exotisme du patois berrichon et la candeur de ces chromos surannés nous retiennent.

Le procédé choisi par l'auteur -un narrateur omniscient- l'oblige malheureusement à nombre de contorsions artificielles. Le brave Tiennet se mue tour à tour en confident, en espion, en indélicat voyeur ou en fortuné spectateur, seul moyen pour lui de collecter les faits et gestes des protagonistes de ce badinage chez les pécores.

Flirtant avec le roman gothique, Sand manie à merveille les superstitions paysannes et jalonne son récit d'apparitions diaboliques, de créatures fantastiques (loup-garou, cocadrille et spectres) et de lieux infernaux (cimetière lugubre, ténébreuses forêts ou ruines inquiétantes). Pour le reste elle s'amuse davantage que son lecteur aux galanteries prudes de ses jouvenceaux à la moralité irréprochable.

Les atermoiements des personnages ont plutôt mal vieilli et encombrent une histoire qui aurait gagné à être délardée. Elle en aurait été d'autant plus digeste que les affres musicales de Joset, dont le génie confine à la folie, sont de nature à empoigner nos contemporains.

Remarquable -styliste accomplie, la patronne garde la main- mais gentiment désuet.

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