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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Angelo - Jean Giono

Publié par Thierry L. sur 10 Août 2022, 19:41pm

Catégories : #Lu

"Si vous étiez familier de notre jargon je vous dirais même que ma reine est en fâcheuse posture. Mais j'emploie toujours très habilement les cavaliers. Ce cavalier noir qui est sur la case F 5, je le porte sur la case E 7. Voilà ma reine sauvée. (...) - Que ne ferais-je pas pour sauver la reine ? dit Angelo en riant."

"(...) rédigé à toute allure", vraiment ce prodigieux roman, cette parfaite esquisse ? Il faut se méfier des écrivains hâbleurs dont le regard bleu frissons poétise la légende. Giono ne prétend-il pas qu'il fabriqua en six jours cet échiquier de palissandre sur lequel, préquelle du Hussard sur le toit, il fit se mouvoir ses pièces d'ivoire et d'ébène, délicatement chantournées.

En premier lieu, le cavalier, Angelo Pardi, "épi d'or sur un cheval noir" ou "enfant de minuit", c'est selon. Pour son héros ambivalent (intrépide et timide, indomptable et docile, généreux et impatient), Giono confectionne sur mesure un uniforme de hussard rouge et or où le sang du dolman est éclaboussé du lustre des passementeries. Sabre au clair, le jeune prodige mi-diablotin, mi-angelot, va aux brisées avec crânerie mais rosier romanesque et chérubinisant, un parfum -odor di femina- lui fait trémuler l'âme. Objet de tous les désirs, l'audacieux insatiable est l'aimé de tous, l'amant de personne.

Fuyant la vindicte piémontaise pour avoir pourfendu un officier autrichien, passant de Gap à Aix, les déplacements de ce cavalier l'amèneront à rencontrer tout d'abord la vieille marquise Céline de Théus. Cette antique amoureuse, massive comme une tour, voue une passion corrodante à un fantôme, celui d'un mari sensuel et volage ce qui nous vaut une bouleversante confession à l'abri d'une chaise à porteur. La jeunesse d'Angelo saura aiguiser ce cœur émoussé.

Puis notre hussard se mesurera à la personnalité adamantine d'un noble malandrin, le séduisant Laurent de Théus, trouble roi d'un peuple de brigands, et à celle plus ambiguë et suave du vicaire général d'Aix, fou charmant dont l'attitude paternelle travestit des désirs incestueux.

Il nous faudra patienter pour qu'enfin Angelo rencontre celle dont il vénère, fragrante relique, le mouchoir brodé : la troublante et gracile Pauline de Théus dont le bonheur conjugal semble immaculable. Reine intangible, fantasme ultime, Angelo l'entraînera peut-être -on peut le rêver- dans une étourdissante valse des regrets.

Pat !

Récit envoûtant, Angelo sollicite intelligence et imagination. Vernissées avec soin, les aventures du fringant hussard crépitent de sublimités : Giono -incomparable- écrit sec et dense. Il ose le romanesque exalté et les dialogues minéraux à force de concentration et éperonne au sang notre plaisir.

C'est beau et exaltant.

"Il n'y a pas de tâche plus noble que la poursuite du bonheur."

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