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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Aimé Pache, peintre vaudois - Charles-Ferdinand Ramuz

Publié par Thierry L. sur 23 Juin 2022, 20:21pm

Catégories : #Lu

"Il y a une résurrection. Il y a en nous des forces de vie. Elles nous poussent à mourir souvent, mais à ressortir de la mort ; elles nous font mourir pour nous faire mieux vivre."

Peintre presque malgré lui, Aimé quitte son village pour vivre de son art à Paris. Il laisse derrière lui une vieille mère aimante et une réputation de prétentieux. Artiste stérile, il s'amourachera, un temps, d'une jeune modèle avant de retourner au pays...

Dans ce roman immobiliste (c'est sans doute là son unique faiblesse), Ramuz décrit une vocation accidentelle, celle d'un antihéros écartelé entre cœur et raison. Son rapin -céruse et sépia-, on le comprend vite, n'a pas de génie : brouillons, esquisses, ébauches et croquis étouffent ses désirs. Pache, en cela proche d'un Claude Lantier, patauge, infécond, dans la bourbe de ses illusions perdues. Mais à la différence du peintre de Zola, l'art n'est pas pour lui question de vie ou de mort. Qu'une femme le séduise, ses toiles restent vierges ! Que sa mère vienne à mourir, il expie ses fredaines artistiques et revient au bercail !

Si Aimé Pache, peintre cendreux, manque de charisme, son parcours -on le suivra jusqu'au mitan de la vie, période des inventaires- braisille grâce à la poétique ramuzienne. L'écrivain pignoche son ouvrage par petites touches impressionnistes. Sa langue vernissée chatoie, mêle passé itératif et présent singulatif et bigarre son récit de rapprochements hardis, d'ellipses raffinées ou de préciosités touchantes.

Qu'il érotise chastement un fleuretage champêtre, charbonne la silhouette d'une vieillarde au tricot ou aquarelle les montagnes vaudoises, Ramuz s'attache en miniaturiste à la subtilité des détails. Couleurs, formes, lignes, il fait un sort à chaque paysage, à chaque corps, à chaque phénomène atmosphérique du ciel ou de l'âme. Si peintre vaudois il y a, c'est bien de lui qu'il s'agit.

"Encore une fois il regarda sa toile et la vit bonne ; il la tourna contre le mur."

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