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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


La Leçon d'anatomie [Zuckerman enchaîné - 3] - Philip Roth

Publié par Thierry L. sur 14 Mai 2022, 15:16pm

Catégories : #Lu

"Contrarié dans sa vocation, handicapé dans son état physique, désemparé dans sa sexualité, paralysé dans son intelligence, et déprimé dans son esprit, il ne serait pas, par-dessus le marché, chauve du jour au lendemain."

A l'instar du Docteur Tulp de Rembrandt, Roth nous convie à la dissection d'un cadavre encore tout chaud : celui de son cher Zuckerman. Si l'homme et sa verge triomphante ne sont pas définitivement flasques (ou raides, c'est selon), le romancier de Carnovsky, lui, semble zombifié. Un mal de dos chronique le crucifie journellement et bâillonne son inspiration. La quarantaine en berne, Zuckerman avale analgésiques et alcools forts, courent les médicastres et s'enfonce dans la neurasthénie.

Les spécialistes appelés à son chevet psychologisent à outrance la source de ces maux comme s'il portait dorénavant sur ses épaules endolories le poids de sa culpabilité : mauvais fils, mauvais Juif et mauvais amant. Ce qu'il lui reste d'énergie vitale ne gorge plus que son précieux pénis qu'un quatuor de soignantes d'occasion purgent à tout de rôle : allongé sur un tapis (pour soulager son dos), Zuckerman s'est métamorphosé en un joujou ithyphallique que chevauchent ces goules insatiables.

L'alter ego de l'écrivain est désormais orphelin. La mort foudroyante de sa mère l'a essoré. Roth évoque ce chagrin intime avec une tendresse bouleversante. La douce et discrète Selma Zuckerman expire en griffonnant le mot "holocauste", léguant à son fils romancier l'histoire d'un peuple et de ses afflictions.

Alors qu'importe que Zuckerman abuse du Percodan, parte en guerre contre un critique acerbe, emprunte l'identité d'un pornocrate ou veuille reprendre d'illusoires études... Malgré ses excès, sa crise de mitan de vie nous est familière nous, qui, à force de se savoir mortels, finissons par ressentir notre écrasante précarité.

A mi chemin du roman et de l'autofiction, La Leçon d'anatomie -bien que bavarde et parfois outrancière- constitue un savoureux mais cuisant apologue.

"Ce qui pèse, ce n'est pas que tout doive nécessairement devenir un livre. C'est que tout puisse devenir un livre. Et ne compte pas comme de la vie avant d'être devenu un livre."

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