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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Miracle de la Rose - Jean Genet

Publié par Thierry L. sur 11 Décembre 2021, 13:41pm

Catégories : #Lu

"La journée fut (...) traversée par la joie que m'avait causée la découverte (...) d'un papier calque représentant une tête de matelot à l'intérieur d'une bouée. C'était un modèle qui courait à travers toute la Centrale où plus de cinquante détenus, que rien ne reliait entre eux, se l'étaient fait tatouer."

Dans l'isolement de son mitard, Genet s'évade dans une errance fantasmatique qui superpose le bagne d'enfants de Mettray -matrice de toute son œuvre-  à la Centrale de Fontevrault -vocation ultime pour l'écrivain qui, petite frappe languide, se rêvait solaire malandrin-.

Très (trop !) longue élégie plaintive, Miracle de la Rose s'entortille entre passé idéalisé et présent halluciné, érotisme brutal et esthétisme kitsch, témoignage rêche et fantaisie camp.

Les précieux éjaculats de Genet se fertilisent des lectures séminales d'un Proust (la passion des fleurs, la jalousie...) ou d'un Cocteau (en lisant "un pantalon déchiré montrant un genou d'une beauté déchirante", comment ne pas évoquer le Dargelos du Livre blanc ?) et irriguent toute une imagerie gay encore vivace aujourd'hui.

Condamné à la relègue, le lecteur s'égare souvent dans ces divagations carcérales : la verbosité mystique de Genet, faite de redondances et d'ellipses, éreinte. Mais sitôt qu'il évoque la colonie pénitentiaire de sa jeunesse ou ses féroces amours, le poète, enfin sobre, transfigure une réalité maussade en héroïde foutrale et sidère par la beauté âpre de son écriture.

Presqu'incolores -Genet a une mémoire olfactive-, les scènes primitives qui bercèrent son enfance (baisers arrachés, caresses bestiales, viols baptismaux...) sont les images saintes d'un psautier rose et sang. Jeannot y fabrique la légende aurifère de ses anges et archanges tatoués, tour à tour lopes vénéneuses ou troublants célicoles. En une vertigineuse cosmogonie, il chante l'amour de ses mauvais garçons : Divers, l'amant originel au sexe lourd, Bulkaen, l'intangible enfant laiteux au corps gravé, l'idolâtré Harcamone, parangon du condamné à mort, ... "Divers, Villeroy, Harcamone, Bulkaen ? Des astres." Désastres ? Les visages se fondent, les bouches se collent, les verges s'enrichissent.

Mettray, sa prison, fut sa mère, les captifs, ses frères incestueux. On discerne sous la flamboyance d'une homosexualité revendiquée, les traumas d'une jeunesse souillée et dévoyée. Gnome qui se rêvait princesse, Genet dore à l'assist ses amoureux -ourlant épaules et mollets, galbant lèvres et braguettes- et enlumine le livre de ses heures sombres.

Ambre et fumée, l'art de l'icône.

 

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