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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Dan Yack - Blaise Cendrars

Publié par Thierry L. sur 25 Août 2021, 09:00am

Catégories : #Lu

"Et même maintenant que je voudrais tant parler, je ne sais pas comment dire que..."

Étrange objet que cette confession élusive en deux temps et innombrables mouvements. Avec ce roman "élastique", l'ami Blaise se crée un double, Dan Yack, milliardaire anglais, à la recherche d'un sens à sa vie.

Dans la première partie, "Le Plan de l'Aiguille", contée à la troisième personne à une cadence futuriste, notre héros fuit le monde et ses futilités, ici un chagrin d'amour. Il embarque dans son sillage trois artistes -un musicien syphilitique, un poète à la recherche du temps perdu et un sculpteur érotomane- avec lesquels il crée une phalange dysfonctionnelle sur un îlot de l'Antarctique. Happé par la vie, il fonde ensuite à Port-Déception (tout un programme) une utopique communauté de baleiniers qui vit en autarcie presque complète... Plus de mâles que de bien.

Hardiesse des images, surréalisme des situations,... Cendrars nous amuse gravement dans cette slapstick comedy où les bouffonneries chaplinesques se poivrent d'un cynisme désabusé. Ses descriptions des terres australes et de leurs colères fascinent, l'écrivain documentant sa fiction avec sagacité.

Avec "Les Confessions de Dan Yack", récit à la première personne, Cendrars donne la parole à son fac-similé d'encre : Dan Yack tente d'enregistrer sur les fragiles rouleaux d'un dictaphone quelques remembrances brumeuses. Il y divulgue également les notes secrètes de Mireille, une femme aimée aujourd'hui disparue. De divagations en repentances, le texte émeut davantage par ce qu'il tait que par ce qu'il révèle. Brûlures amoureuses et chagrins funestes.

On devine, à la lecture de cet émouvant palimpseste, nimbé de brumes bleues, des douleurs clandestines, des tourments indicibles. Moins flamboyantes que les autobiographies falsifiées que nous livrera le poète à la main coupée, Les confessions effleurent la vérité d'un homme.

Disparate, le roman, dans sa totalité, nous échappe tout comme Cendrars, insaisissable menteur. Tel le guesquel du roman, il donne autant de plaisir qu'il suscite d'amertume.

Ce livre, mélancolique, semble dissimulé dans le compartiment secret d'une œuvre singulière : on le lit par effraction.

 

Le guesquel. Pour mourir de plaisir...

Le guesquel. Pour mourir de plaisir...

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