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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Gros-Câlin - Romain Gary (Émile Ajar)

Publié par Thierry L. sur 5 Juillet 2021, 19:30pm

Catégories : #Lu

"La vie est une affaire sérieuse, à cause de sa futilité."

Gary fait sa mue. Avec Gros-Câlin, il nous conte la tendre amitié qui lie Cousin, un petit homme couleur de muraille, à un python impavide, le tout sous le cryptonyme d'AJAR. Un RAJA et son molure en somme...

"Pourquoi ces rivières
Soudain sur les joues qui coulent

Dans la fourmilière (...)"

Angoissant sous ses dehors de farce grimaçante, le roman hurle en chuchotant notre ultra moderne solitude. Cousin, héros collatéral, notre frère en désespoir et en déreliction, s'attache à ce qu'il peut, mendie des caresses à Blondine, une souris réchappée d'une immolation ophidienne, à de "bonnes putes" hospitalières ou à son compagnon constricteur à défaut de trouver la moindre commisération dans l'immense tourbe des humains. Il se contente de rares échappatoires : un cours de ventriloquie pour apprendre à bavarder avec de pauvres bibelots d'inanité sonore ; quelques échanges peu amènes avec un humanitaire au cœur sec ; le fantasme d'un doux hyménée avec Mademoiselle Dreyfus, partenaire d'ascenseur.

Se dépouillant de leurs squames, insensiblement, l'homme et le boa ne feront plus qu'un, Cousin se métamorphosant* en reptile.

L'écriture sinue, ondule dans ce journal intime d'un schizophrène solitaire. Accumulant "mutilations, mal-emplois, sauts de carpe, entorse, (...) crabismes, strabismes et immigrations sauvages du langage, syntaxe et vocabulaire", Cousin s'exprime avec une grâce amphigouri(gary)que à la fois triviale, abstruse et insane.

Le roman et ses replis nous enserrent dans des anneaux de tristesse épaisse et, malgré le rire qui ondoie, nous étouffent sous un pessimisme opiniâtre.

Une fable sardonique... "les hommes digèrent, dit-on, Mieux que les serpents pythons."

*Kafka n'est pas loin à qui Ajar/Gary adresse un furtif clin d’œil en évoquant une hypothétique rue Blatte.

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