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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


Les Enchanteurs - Romain Gary

Publié par Thierry L. sur 16 Juin 2021, 17:45pm

Catégories : #Lu

"Les souvenirs, c'est une chanson que l'on se chante quand on n'a plus de voix..."

En vadrouille littéraire, Gary abolit temps et espace pour suivre le laps d'une décade (1762-1775) les aventures de Fosco Zaga, rejeton d'une lignée de magiciens, guérisseurs, astrologues, nécromants et autres charlatans.

Dans la Russie trémulante de la grande Catherine, d'illustres contemporains : Casanova, Cagliostro ou Saint-Germain, ventriloquent à qui mieux mieux pour animer le jeune Vénitien et sa famille exilés au bord de la Néva. Les soubresauts de l'histoire (constipation chronique de la Tsarine, exactions d'un Pougatchev ou ravages de la peste) ne sont rien à côté des transes amoureuses qui convulsent Fosco lorsqu'il fait la connaissance de sa jeune belle-mère, la capiteuse Teresina. Qu'elle est jolie la femme à papa !

Le narrateur de ce récit virevoltant, un cacochyme Fosco de deux cents ans d'âge, installé en 1973, rue du Bac -dans le fauteuil même de Gary-, s'invente une adolescence chimérique entre Lumières et ténèbres. Malicieux, l'écrivain nous entraîne dans un labyrinthe de folles historiettes, jongle avec les heures et le hasard pour apaiser sa dyschronie et nous livre l'un de ses meilleurs ouvrages.

Dans ce roman de la poudre aux yeux et des étoiles au cœur, Gary parvient presque à s'effacer derrière son héros et rend, à travers lui, hommage à ces sublimes illusionnistes que sont les bouffons et les artistes. Battant la chamade, le récit circonvolue gaîment au gré d'une plume facétieuse : l'humour délicat ou scabreux, raffiné ou grinçant exorcise les chagrins et pulvérise les angoisses existentielles de l'écrivain vieillissant.

Car sous le chamarré bariolage du costume d'Arlequin, se dissimulent de funestes noirceurs. Comme un douloureux leitmotiv, affleurent d'épouvantables effluves sous les méandres d'un récit tout en perles et dentelles : le déclin, la maladie, la violence et la mort rôdent. La peur de l'impuissance, le spectre d'une sexualité diminuée gangrènent ces enchanteurs désenchantés qui portent des cornes, jouent les Candaule, ignorent la mécanique altruiste du plaisir ou s'enferment dans une frigidité vindicative.

Victime ravie d'un roman frauduleux et de son écrivain marabout (de ficelle), j'aurais aimé que l'illusion perdure encore et encore... car Les Enchanteurs m'ont fatalement enchanté.

Et c'est ainsi que Gary est grand !

"Je me suis tenu ce matin debout sur une seule main, annonçai-je fièrement. Et hier, j'ai dansé dix minutes sur la corde. - C'est bien, dit mon père. C'est très bien. Il faut continuer, tu seras peut-être un grand écrivain."

 

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