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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


Les Nouvelles Mille et Une Nuits - Robert Louis Stevenson

Publié par Thierry L. sur 13 Avril 2021, 04:15am

Catégories : #Lu

Beau comme la rencontre fortuite - Agnès Varda

"J'avoue que je ne sais trop ce qu'on peut faire avec un livre, sinon passer le temps en chemin de fer (...)"

Ensemble fort disparate de nouvelles de jeunesse, ces Nouvelles Mille et Une nuits, très peu arabisantes (points de génies, si ce n'est de mauvais, ni de tapis volant ici mais un mystérieux conteur, anonyme Shéhérazade), rassemblent, d'une part, deux blocs de trois et quatre histoires Le Club du suicide et Le Diamant du rajah dont les personnages récurrents sont le Prince Florizel de Bohême et son Grand Écuyer, le colonel Geraldine, et d'autre part, une poignée de récits bigarrés.

Dans un Londres interlope, le Prince Florizel -un Tintin austro-hongrois mâtiné du Comte Danilo de Léhar- poursuit de sa vindicte l'infâme Morris, sectateur du suicide assisté, puis concourt à rompre la malédiction attachée à un fascinant diamant indien. Légères et pétillantes comme un champagne, ces historiettes, horrifiques et drolatiques à la fois, plongent de fantasques personnages dans des situations abracadabrantes. On y croise l'improbable Silas Q. Scuddamore, dadais américain victime d'un chantage au cadavre, la captieuse Lady Vandeleur, croqueuse de bijoux et d'hommes, ou encore le raide Révérend Rolles saisi par le démon de la cupidité* : tout cela est charmant et haletant comme un feuilleton à rebondissements.

Les autres nouvelles nous plongent dans des univers complètement différents. Avec Un gîte pour la nuit, Stevenson nous invite à partager l'errance de François Villon dans un Paris frigorifié. Le poète ("Le loup et le porc se disputaient l'expression de son visage"), décrit comme un nuisible intégral, ne nous émeut pas plus que le malchanceux Denis de Beaulieu, contraint dans La porte du sire de Malétroit de convoler en injuste noce avec une pauvre recluse. Ces deux nouvelles ne valent que par leur atmosphère lugubre et la recréation réussie d'un cruel XVe siècle.

Si Léon Berthelini et sa guitare est une amusette frivole, Le Pavillon dans les dunes, conte aux relents gothiques avec son décor sépulcral de landes écossaises battues par des vents hostiles, est le chef d’œuvre du recueil. Dans cette terrifiante histoire de rivalité amoureuse et de vengeance, aux allures de cauchemar éveillé, Stevenson conduit son récit avec une indéniable maestria.

Une saveur insolite de fruits verts.

* La palme revient à l'impossible Harry Hartley, petite tapette aux allures de Chérubin, qui finira par épouser Prudence, la femme de chambre qui lui a assuré être "une amie sûre pour les jeunes gens qui me plaisent, et il y a une porte par-derrière qui donne sur une autre ruelle. Mais (...) je ne vous la montrerai que si vous me donnez un baiser." On a du mal à croire à la complète innocence de Stevenson !

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