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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Betty - Tiffany McDaniel

Publié par Thierry L. sur 24 Octobre 2020, 15:51pm

Catégories : #Lu

“You give me a wall, and I’ll give you a hole. You give me a window, and I’ll give you a break. You give me water, and I’ll give you blood.”

Roman-cadeau, Betty nous offre une enfance en oblation, celle d'une fillette au sang mêlé qui, pour devenir femme, devra affronter des couteaux : le canif cruel des gamins, le surin perfide du racisme ordinaire, l'eustache salace des désirs masculins, l'épluchoir fatigué de toutes ses sœurs résignées ou le poignard sournois du destin aveugle.

Breathed, Ohio. Landon, jeune indien cherokee rencontre Alka, petite blanche avilie. Ensemble ils fondent le clan Carpenter, lui, Philémon cuivré, sage et robuste comme un chêne et elle, Baucis diaphane, protectrice et fragile comme un saule éploré. Chacune de leurs ramilles s'épanouit en une frondaison exubérante où le soleil scintille tandis que se creusent de funestes ombres.

De 1939 à 1973, ce sont trente années de joies simples et de douleurs inguérissables que traverseront les enfants Carpenter (Leland, Fraya, Flossie, Trustin, Lint et Betty) et leurs parents.

Tiffany McDaniel a puisé aux secrets immémoriaux de sa mère (la véritable Betty) pour réunir, en un patchwork flamboyant, ce récit de vie dans lequel on se pelotonnera douillettement. Bien sûr, elle y aura oublié de nombreuses épingles qui nous égratigneront et nous mouilleront les yeux. Car nous ne sommes jamais dans Little House on the Prairie tant le sang et les larmes y coulent en abondance. Cette histoire, pleine de bruit et de fureur, racontée par une Petite Indienne irréductible, se déploie comme un somptueux tapis volant. La jeune Betty, narratrice ambiguë, nous conduit par la main dans ce colin-maillard haletant : comme dans les jeux d'optique, ce que l'on entrevoit dans un chapitre nous apparaît différent dans un autre et nous avançons à l'aveuglette dans un roman où, comme la vie, rien ne semble écrit d'avance.

Éminemment poétique, l'écriture de McDaniel métaphorise le quotidien le plus poussiéreux pour le transformer en une pluie d'étoiles filantes à l'instar des imparables contes étiologiques cherokees.

Quelle chance d'avoir pu croiser Landon, le jardinier cosmique, Fraya, l'amoureuse des pissenlits, Trustin et ses fusains magiques ou Lint et ses p-p-p-pierres enchantées ! Tous ces héros rêvent leur vie sans pour autant oublier de la vivre et maquillent de rouges chatoyants et de jaunes rutilants les hématomes du chagrin.

Grâce en soit rendue à la fougueuse Betty dont les yeux résolus nous fixent au frontispice du roman : son vade-mecum de l'affranchi(e) m'a mis à genoux.

Un immense bonheur de lecture, un roman-cadeau à offrir, offrir et offrir encore.

Merci ma très chère Béa.

Betty - Tiffany McDaniel
Dans les yeux de Betty, une volonté farouche, celle d'aller "au-delà de la clôture. Aussi belle que puisse être la pâture, c’est la liberté de choisir qui fait la différence entre une existence que l’on vit et une existence que l’on subit."

Dans les yeux de Betty, une volonté farouche, celle d'aller "au-delà de la clôture. Aussi belle que puisse être la pâture, c’est la liberté de choisir qui fait la différence entre une existence que l’on vit et une existence que l’on subit."

Le véritable Landon. "Non seulement Papa avait besoin que l’on croie à ses histoires, mais nous avions tout autant besoin d’y croire aussi."

Le véritable Landon. "Non seulement Papa avait besoin que l’on croie à ses histoires, mais nous avions tout autant besoin d’y croire aussi."

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