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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Les Larrons - William Faulkner

Publié par Thierry L. sur 9 Avril 2020, 09:32am

Catégories : #Lu

"Grandfather said : "

Incipit en forme de Sésame, "Grand-père a dit : " nous convie à partager l'histoire que le vieux Lucius Priest radote à son petit-fils : ce moment de bascule où, à 11 ans, il est devenu un homme.

En 1905, avec ses deux acolytes, un grand flandrin rustaud, Boon Hogganbeck et un Noir madré et joli cœur, Ned McCaslin, tous deux employés de son propre grand-père, ils ont chapardé la Winton Flyer flambant neuve du vieil homme, "le Patron", pris la direction de Memphis, se sont installés dans le bordel de Miss Reba et ont fini par organiser une course de chevaux dans un bled paumé (Parsham).

Roman d'apprentissage picaresque, Les Larrons parachèvent l’œuvre de Faulkner et résonnent d'éclats de rire, ceux que réveillent les souvenirs rabâchés d'un vieil homme avec son emphase, ses distorsions et ses oublis. La légèreté du contenu n'empêche pas le vieux Bill de polir son écriture, usant avec ravissement d'ambiguïtés pronominales, d'ellipses déstabilisantes ou d'accélérations fulgurantes suivies d'arrêts sur image soudains (les courses de chevaux sont, de ce point de vue, remarquables qui coagulent suspens et proliférations).

On perçoit, tout au long de la lecture de ce roman généreux, les gloussements de plaisir de l'écrivain. Les accointances de Faulkner le Sudiste avec Maupassant le Normand attendrissent : Miss Reba et Miss Corrie semblent sortir de la Maison Tellier et de vilains cocos comme le matois péquenaud de "Hell Creek Bottom" ou Otis, le nabot dévoyé et vicieux, ne dépareraient pas les personnages d'un recueil du conteur.

Des dialogues hilarants farcissent le récit et donnent à entendre les voix du "Missippi" : la gouaille d'une putain répond aux rugissements d'une brute, le rire de crécelle ("hee hee hee") et les bouffonneries de Ned font écho aux sages sentences d'Uncle Possum, hiératique silhouette de Noir. Et comment ne pas s'esclaffer quand la pauvre Minnie, femme à tout faire de maison close, se fait voler sa dent en or ?

Nostalgique -le temps perdu ne se retrouve guère-, cet ultime roman de Faulkner susurre certes une chanson bien légère mais le vieux romancier n'en oublie pas pour autant de confronter ses personnages au mal qui ronge le Sud, son racisme inhérent. Ned, flamboyant trickster*, tient la dragée haute à ses interlocuteurs blancs ("You can't know," Ned said. "You're the wrong color. If you could just be a nigger one Saturday night, you wouldn't never want to be a white man again as long as you live.") et on sent qu'au Yoknapatawpha comme dans tous les États-Unis, les choses changent...

Un testament jovial pour des légataires enchantés.

* Notice impeccable de François Pitavy dans la Pléiade (Faulkner, Œuvres romanesques V)

Les Larrons - William Faulkner
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