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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Caligula -Albert Camus

Publié par Thierry L. sur 22 Avril 2020, 15:21pm

Catégories : #Lu

Le théâtre ne s'estime qu'à l'épreuve de la scène. Jugement personnel qui m'interdit souvent de jouir de la lecture d'une pièce. M'y manquent la couleur d'un timbre de voix, la chaleur d'une présence, la vision d'un prophète, le metteur en scène.

Caligula, tyran vanné ou asthénique désespéré, dénonce l'absurdité d'une vie livrée au hasard. Il choisit le chemin d'une liberté absolue et, logiquement, empiète cruellement sur celle des autres : sa parentèle, ses amis et ses sujets. Revendiquant la vérité, réfutant les faux-semblants, il abuse a contrario du mensonge et du travestissement pour  déconstruire les discours courtisans. Monstre décadent, il illustre la maxime du Mythe de Sisyphe, "le suicide est une solution à l'absurde" : sa mort il la provoquera en armant les sages et les poètes contre son jusqu'auboutisme inhumain.

Le texte implacable de Camus ne dénonce pas nos dictateurs au petit pied mais illustre notre soif d'amour impossible à étancher car Caligula ne croit pas plus aux Dieux qu'à son cœur ("Je crois me souvenir, il est vrai, qu'il y a quelques jours, une femme que j'aimais est morte. Mais qu'est-ce que l'amour? Peu de chose.") et cette béance l'entraîne vers le vide.

Trop sérieuse pour permettre la drôlerie (même si l'Empereur se vernissant les ongles ou les flagorneries sous influence des Patriciens aèrent une atmosphère délétère), la pièce est une flaque de sang visqueuse dans laquelle s'engluent nos doutes : la chute finale serait-elle plus belle que la vie ? "Je suis encore vivant !" hurle l'autocrate soudain comblé par cette mort... heureuse.

 

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