Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Les Naufragés - d'après Patrick Declerck - Emmanuel Meirieu

Publié par Thierry L. sur 5 Février 2020, 18:02pm

Catégories : #Applaudi

Une gifle : le décor.

Sur un plateau ensablé, la mer se meurt vague après vague, lancinante. Des flots, émerge la carrosserie d'une voiture, reliquat dérisoire d'une histoire humaine et plus loin, vers l'avant-scène, le gigantesque squelette corrodé d'un vieux navire dont l'éperon se dresse encore, conquérant comme au temps d'une splendeur disparue. Une chaise déglinguée, un micro bricolé avec un pied de lampadaire végétal et une enceinte, dérisoire baril de plastique grignoté par des concrétions marines, complètent l'ensemble. A la proue du vieux cuirassé, un tatouage délavé (la vague d'Hokusai) et, dans le métal scarifié un prénom "Puck", comme le lutin shakespearien. La beauté de l'ensemble laisse pantois et suscite déjà l'émotion.

Un coup de poing à l'estomac : le texte

Patrick Declerck a vécu, de longues années, en proximité des rebuts de la société, ces croûtons, ces rognures que sont les clochards. Il en a tiré un témoignage poignant, un véritable brûlot, eustache rouillé planté avec précision dans notre confort aveugle. Il y redonne un nom aux anonymes pouilleux, une dignité aux va-nu-pieds humiliés ou un visage aux clopinards effacés. Sans fioriture, son récit est nu, rasé, blanchi : plus ni graisse, ni chair, juste la peau et les os. Glaçante, l'adaptation qu'en donnent Emmanuel Meirieu et François Cottrelle est un hurlement d'impuissance "Y a-t-il une vie avant la mort ?"

Une écorchure : l'interprétation

Un homme seul, encore debout mais déjà chancelant, interpelle le public. Qu'il évoque Raymond, le clodo éradiqué des mémoires ou d'autres ombres du caniveau, François Cottrelle s'empare du texte de Declerck et le vomit sur nos chaussures vernies. Sans emphase, sobrement (pas toujours assez), il crève les bubons purulents de notre mauvaise conscience, il dessille nos paupières collées par les sanies de notre indifférence. Stéphane Balmino incarnera en fin de spectacle l'une de ces épaves qui jonchent la scène et nos rues et, fredonnant du Tom Waits, murmurant du Shakespeare, nous infligera le coup fatal, faisant soudain sourdre nos émotions malmenées.

Un spectacle inconfortable qui laisse les âmes contusionnées. Personnellement j'aurais aimé le texte sans le décor ou le décor avec un autre texte tant la grandiloquence de l'un s'abouche malaisément avec l'âpreté sèche de l'autre. Trop signifiante, trop esthétique, la scénographie et quelquefois le jeu assourdissent les mots. D'où une envie sauvage de se confronter avec le récit originel.

Incommode mais nécessaire.

Les Naufragés - d'après Patrick Declerck - Emmanuel Meirieu
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents