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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


Le Coup de lune - Georges Simenon

Publié par Thierry L. sur 9 Février 2020, 07:19am

Catégories : #Lu

"L'Afrique, ça n'existe pas ! L'Afrique..."

Joseph Timar, grand flandrin velléitaire, débarque au Gabon afin d'y faire fortune. Rien ne se passant comme prévu, il végète. Ayant établi de provisoires pénates au sein de la communauté blanche de Libreville, il s'éprend d'Adèle Renaud, tenancière du Central. Le mari de la peu farouche hôtelière passe soudain l'arme à gauche et son boy, Thomas, est assassiné...

Contemporain du Voyage de Céline, Le Coup de lune nous plonge, lui aussi, dans les touffeurs équatoriales. Dénonciation en creux du colonialisme, ce court roman, âpre et violent, ne fait aucune concession à la bienséance. L'usage du mot raciste "nègre" qui scande l'intégralité de cette incursion au cœur des ténèbres offusque aujourd'hui bien plus qu'hier. C'est que Simenon s'est coiffé du casque blanc des colons et dénonce ainsi leur vision abjectement monochrome de l'Afrique. Le terme injurieux sert son propos et diapre de sauvagerie un récit de sexe, de folie et de mort.

Roman olfactif, Le Coup de lune exhale des odeurs d'aisselles et d'entrecuisses. Sensuelle et fiévreuse, cette histoire de possession érotique baigne dans des moiteurs morbides. Goule en soie noire, la pâle Adèle perfuse l'esprit de son naïf amant ; ses étreintes de mante religieuse exsudent des venins qui altèrent peu à peu le raisonnement du blanc-bec. Les aveux nocturnes de la lascive auront la même saveur pernicieuse que ceux de la Séverine de Zola.

Tout le roman est perçu à travers les yeux voilés et alcoolisés du jeune Timar, les portraits restent donc à peine esquissés, les descriptions sont sommaires et cette parenthèse hallucinée cahote, alternant enlisements et trépidations jusqu'à sa sortie de route finale. 

Virtuose, le troisième chapitre, une bringue dans les rades et bordels de la forêt gabonaise, avance par flashes, l'écriture se fait épileptique, entre vertige et nausée. Il illustre pleinement l'art simenonien de transmuer la boue en or.

Inspiré, le romancier se vautre dans cette atmosphère de salacité, alterne clairs-obscurs et éblouissements et confine son lecteur dans l'étuve de son récit avec sadisme. Pervers, il le maintient dans une tension constante et inconfortable.

Déliquescent et vénéneux. Magistral !

 

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