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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


Les Sœurs Vatard - Joris-Karl Huysmans

Publié par Thierry L. sur 6 Novembre 2019, 14:03pm

Catégories : #Lu

Paradigme presque systématique du Naturalisme, Les Sœurs Vatard est couronné de succès en 1879 mais les temps ont changé.

Huysmans nous raconte les déboires amoureux de deux grisettes, Céline et Désirée, employées dans un atelier de brochure. Autant la première, ainée de la fratrie, est dévergondée, autant sa puînée veille à rester sage jusqu'à son mariage. Céline multiplie les liaisons, avec une préférence pour les mâles experts en bricole et torgnoles, cependant que la prude Désirée flirte gentiment avec le fade Auguste (à qui on conseille de ne pas "rester dans la salle d'attente puisque les guichets doivent rester fermés").

L'intrigue est bien plate que le style de l'écrivain tente de transcender, en vain. Huysmans a beau inoculer une copieuse dose de vérisme dans son historiette, il se fourvoie : rien ne fonctionne véritablement. Trop de digressions (brillantes, évidemment), un populisme bavard qui abuse de l'argot du pavé parisien et une syntaxe fracturée (mélange de vulgarités assumées et de maniérismes qui, contrairement à ce qui nous a fait adorer Marthe, sonnent creux)...

Bien entendu, on se réjouira de la constante méchanceté de l'auteur et on ne rechignera pas devant les nombreuses fusées de génie qui parsèment l'ouvrage mais elles ne suffisent pas à le rendre aimable. Le récit se traîne en longueur et les morceaux de bravoure sentent par trop son bateleur. Ainsi quand les deux frangines forcées à la chambre par un mauvais rhume observent par désœuvrement le chemin de fer voisin. Leur attention se fixe alors "sur une machine en panne" et elles regardent "le monstrueux outillage de ses roues, le remuement d'abord silencieux et doux des pistons entrant dans les cylindres, puis leurs efforts multipliés, leurs va-et-vient rapides, toute l'effroyable mêlée de ces bielles et de ces tiges ; (...) les éclairs de la boîte à feu, les dégorgements des robinets de vidange et de purge", elles écoutent "le hoquet de la locomotive qui se met en marche, le sifflement saccadé de ses jets, ses cris stridulés, ses ahans rauques." Le procédé grossier ("elles ne pensent qu'à ça...") surprend chez le raffiné Huysmans.

En glissant des copeaux de truffes sous la peau d'une vieille géline qui a fait son temps, on n'obtient pas une succulente poularde demi-deuil !

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