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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


La Machine de Turing - Benoît Solès - Tristan Petitgirard

Publié par Thierry L. sur 30 Septembre 2019, 15:08pm

Catégories : #Applaudi

"Dip the apple in the brew, let the sleeping death seep through."

Mathématicien et cryptologue génial (il a dépiauté la machine Enigma qui chiffrait et déchiffrait l'information nazie), Alan Turing est aussi l'un des martyres de la cause LGBT. Un procès pour "indécence manifeste et perversion sexuelle" en 1952 suivi d'une castration chimique le pousseront vers le suicide : deux ans après, il ingèrera une pomme au cyanure.

Le texte théâtral de Benoît Solès participe à la réhabilitation du grand homme injustement méconnu. Classique dans son écriture (concise et sincère), elle est portée à la scène par Tristan Petitgirard de façon purement illustrative (il y manque un grain de folie et/ou un parti pris).

Une étagère en fond de scène, mur idéal pour des projections vidéo, quelques meubles, une poignée d'accessoires (une pomme, un manuel scolaire, une photo jaunie...) et nous voici transportés en Angleterre entre 1927 et 1954. La pièce brasse dans le désordre quelques épisodes de la vie de Turing : les années d'internat où il tombe définitivement amoureux du jeune Christopher Morcom, ses recherches sur Enigma, ses relations difficiles mais amicales avec Hugh Alexander, collègue joueur d'échec, les interrogatoires policiers, le procès et l'empoisonnement...

Deux comédiens se partagent le plateau. Si Eric Pucheu interprète avec justesse -mais sans brillance- l'ensemble des interlocuteurs de l'homme de science, Matyas Simon fait plus que convaincre tant son incarnation de Turing est stupéfiante. Bredouillant, bafouillant, il joue de sa silhouette dégingandée et souffle le chaud et le froid : autant agaçant que séduisant, il parvient in fine à émouvoir profondément, avec une grande économie de moyen. Une sobriété qui porte.

Peut-être fallait-il cet écrin discret, presque dépouillé, pour exacerber les sentiments de révolte face à une telle injustice, de douce commisération et d'empathie pour une victime d'abjects préjugés et de tristesse devant un tel gâchis que dispensent des comédiens talentueux et un texte judicieux.

Un spectacle captivant.

Merci à Anne-Sophie et Marc

 
La Machine de Turing - Benoît Solès - Tristan Petitgirard
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