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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


Ma vie d'homme - Philip Roth

Publié par Thierry L. sur 25 Juin 2019, 14:02pm

Catégories : #Lu

"(...) – Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
"

Géniale roublardise, Ma vie d'homme est une métafiction allumée dans laquelle Roth règle ses compte avec lui-même : ses insuffisances, ses béances, ses névroses...

Deux récits (des Fictions utiles) ouvrent le roman, consacrés aux années d'apprentissage d'un futur écrivain juif, Nathan Zuckerman. Dans le premier Folle jeunesse, ce blanc-bec jette sa gourme entre les jambes d'une fille délurée. On y retrouve la fantaisie lubrique de Portnoy. Le second texte (La Recherche du désastre), plus sérieux, charbonne le portrait du même Zuckerman sous la forme de souvenirs à la première personne, tout à la fois distanciés et mélancoliques : le chroniqueur cherche à comprendre comment, brillant sujet à l'avenir radieux, il a fini par se marier avec une shiksa qui ne lui plaisait pas, qui n'était pas son genre. Une course à l'abîme inexplicable.

Puis le roman véritable, sauvage palimpseste, commence, enfin : les deux nouvelles, signées Peter Tarnopol (prometteur écrivain juif lui aussi, nouvel avatar de Roth), camouflaient un texte inachevé (Ma véritable histoire) car inachevable, encore à l'état magmatique dans lequel on devine les repentirs et les censures d'un homme brisé par son mariage. La toxique Maureen, strige implacable, n'a eu de cesse d'infantiliser (châtrer) son malheureux époux, de le déviriliser ou de le bestialiser et ce, jusqu'aux limites de la folie. Dans cette tragédie antique, des voix se mêlent aux aveux bredouillés, celles de choreutes omniscients (le frère, la sœur ou le père de l'auteur présumé) livrant des verdicts contradictoires sur le sujet Tarnopol. Leur donnant la réplique, le docteur Spielvogel, psychanalyste sentencieux et coryphée impassible, commente de l'intérieur les soubresauts de son client.

D'une violence inouïe, les relations mortifères des deux conjoints (Maureen refuse le divorce) entravent la vie d'homme de Tarnopol et ce n'est pas sa liaison avec la frigide Susan qui peut réconcilier l'écrivain avec son image si fortement dégradée. Monstre pervers narcissique, Maureen Johnson Tarnopol, muse inversée, macule -sang et déjections- le livre en train de s'écrire et sa logorrhée dépravée éclabousse le lecteur en état de sidération.

Dans ce récit gigogne, entre feu et glace, on devine que Roth dit son peccavi, tente de faire entendre sa voix, elle aussi inhibée par un mariage calamiteux : jusqu'où aller dans la confidence ? qui détient la vérité, s'il y en a une ? l'écriture de soi n'est-elle pas par nature mensonge ?

Hanté par les remords et par une haine qui lui devient odieuse, l'alter ego de Roth* chasse ses Érinyes avec son stylo et nous offre un livre full of laugh and fury !

*(Peter Tarnopol = P(hilip) R(oth) a été poltron)

Ma vie d'homme - Philip Roth
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