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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Les Idoles - Christophe Honoré

Publié par Thierry L. sur 25 Novembre 2018, 17:01pm

Catégories : #Applaudi

Pavane pour des idoles défuntes en 15 tableaux.

Le spectacle s'ouvre sur un no man's land familier : couloirs de métro, arrêt de bus, piliers de ponts. Lieu de drague ou de rencontres équivoques, des images nous assaillent : le baiser violent de "L'Homme blessé", les hangars déserts qui hantent le théâtre de Koltès, le Parking d'Orphée...

Comme sortie d'outre-tombe, la voix bienveillante de Christophe Honoré résonne, doucement mélancolique : il veut redonner la parole à ceux qu'il a aimés et que le SIDA a fauchés laissant orpheline toute une génération. Cyril Collard, Jacques Demy, Jean-Luc Lagarce, Bernard-Marie Koltès, Hervé Guibert et Serge Daney, pâles ectoplasmes arpentent alors le plateau scénique (purgatoire tout en grisaille) en une lente sarabande. De ce moment, les larmes ne quitteront plus le bord de nos paupières.

15 tableaux pour crier l'indicible : la mort qui rampe, le sexe qui tue, les amis foudroyés, le corps qui se délite, le secret qui mutile, la vérité qui éloigne, les occasions manquées, l’œuvre qui doit survivre, qui va survivre. 15 tableaux ponctués d'éclats de rire libérateurs, de loufoqueries douces-amères et de dialogues poétiquement salaces.

Christophe Honoré, dans cette offrande aux bien-aimés de son adolescence, aborde frontalement et souvent avec violence les textes et déclarations, palimpsestes émouvants, de cette poignée d'artistes qu'il a vénérés.

Ses comédiens, dans une indistinction sexuelle jubilatoire, incarnent ces si chers disparus avec une intensité de tous instants. Chacun, à l'aune du parcours d'étoile filante de son modèle, nous offre des moments de grâce d'une fragilité bouleversante.

Marina Foïs (un Hervé Guibert vibrant) s'étrangle de chagrin en revivant l'agonie de Michel Foucault, Julien Honoré (un Jean-Luc Lagarce digne) ressuscite les dernières caresses de deux amants, Marlène Saldana (un Jacques Demy queer) chantonne le "Toujours, Jamais" des Demoiselles de Rochefort qui s'entend alors comme un aveu pathétique et voilé du cinéaste, Jean-Charles Clichet (un Serge Daney drôlatique) hurle à la mort du cinéma donc à la sienne, Youssouf Abi-Ayad (un Bernard-Marie Koltès plein de morgue) réinvente la danse lascive de Travolta dans Saturday Night Fever et Harrison Arévalo (un Cyril Collard flamboyant) reçoit enfin les récompenses dont sa mort l'a privé.

Cependant qu'une poignée de chansons certifiées d'époque attise nos frissons, les comédiens se passent les micros comme autant de bâtons d'une parole libérée (on y règle son compte à l'infâme Renaud Camus, on y remercie les gentilles fées Elizabeth Taylor et Line Renaud, on se souvient des morts des promos 89, 90, 91, 92, 93, on rappelle la panique généralisée face à la peste rose...), ils se filment sensuellement, s'enlacent, se cognent. C'est tragiquement beau et intelligent.

Marlène Saldana, nue sous son manteau de fourrure à l'instar de Dominique Sanda dans "Une chambre en ville", après une danse frénétique, finira, moulée dans la guêpière de Lola, par faire des crêpes à ses acolytes pour un jouissif goûter post-mortem. Des crêpes de deuil pour un sextet inestimable.

Parce que "Le bruit d'un chariot qui grince" peut ressembler "à des chants d'oiseaux" (Cytomégalovirus, H. Guibert), Christophe Honoré a gagné son pari : son De Profundis (une apostille à son "Plaire, aimer et courir vite") est un hymne tonique à la vie et à l'amour.

 

https://lyricstranslate.com/fr/cest-moi-cest-lola-soy-yo-lola.html
 
C'est moi, c'est Lola
Celle qui rit à tout propos
Celle qui dit l'amour c'est beau
Celle qui plait sans plaisanter
Reçoit sans les dédommager
Les hommages des hommes âgés
Les bravos des braves gars
Les hourras, les viens avec moi
Celle qui rit de tout cela
Qui veut plaire et s'en tenir

 

“To die, to sleep – to sleep, perchance to dream – ay, there's the rub, for in this sleep of death what dreams may come…”

“To die, to sleep – to sleep, perchance to dream – ay, there's the rub, for in this sleep of death what dreams may come…”

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