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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


La Ménagerie de verre - Tennessee Williams - Daniel Jeanneteau

Publié par Thierry L. sur 14 Mars 2018, 18:57pm

Catégories : #Applaudi

Sur un plateau balayé de stridences, enfermés dans une boîte de tulle blanc qui limite leur univers claustral s'agitent les rescapés de la famille Wingfield.

Le père, dont ne subsiste que l'ombre oppressante, a quitté le foyer. Abandonnée, Amanda la mère, ressasse ad libitum ses rêves évanouis : fille du vieux Sud -l'action se déroule à Saint-Louis- elle se réinvente en Scarlett d'opérette et exècre la misère dans laquelle elle s'enlise. Son fils Tom, pater familias contraint, ne songe qu'à fuir sa prison tandis que Laura, la sœur, infirme imaginaire et maladivement timide, se replie sur elle-même et tente de s'anéantir parmi les petites bêtes qui forment sa collection de bibelots de verre.

Survient Jim, un beau gosse, qui, pour un moment, va entrouvrir quelques fenêtres dans cet univers névrotique.

Au texte limpide de Williams (prosaïquement traduit par Isabelle Famchon et du coup étrangement poétique), Daniel Jeanneteau oppose une mise en scène légèrement trouble, nébuleuse. Mis à distance par des murs de tissus, les comédiens semblent s'extraire de souvenirs incertains : leur jeu affecté ou naturel, leurs déplacements hiératiques ou funambulesques les désincarnent. Ces fantômes mémoriels rejouent pour nous l'acmé de leur déchéance. The Fall of the House of Wingfield.

Bouleversante, Dominique Reymond campe le rôle de la mère avec fièvre et démesure : jouant de sa voix comme d'un instrument elle sait la rendre féline ou fluette, gouailleuse ou aristocratique. Fée et démone, elle suscite un malaise intense ; sur le fil de sa folie, elle fait tanguer la pièce et ses spectateurs. Parfaitement épaulée par ses partenaires, Solène Arbel en  brindille vacillante et Olivier Werner en éternel vaincu, elle nous entraîne dans les failles, les anfractuosités et les blessures de cette triade aliénée. Rafraîchissant, car brillamment trivial, Quentin Bouissou apporte quelques gorgées d'oxygène dans cet anaérobie familial.

Un spectacle diaphane, cristallin à l'instar de sa ménagerie de verre soufflé. Une parfaite réussite.

La Ménagerie de verre - Tennessee Williams - Daniel Jeanneteau
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