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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Descends, Moïse - William Faulkner

Publié par Thierry L. sur 17 Janvier 2018, 21:14pm

Catégories : #Lu

Sommet de l’œuvre faulknérien, Go down, Moses se présente sous la forme d'un habile patchwork de sept nouvelles dont les motifs récurrents sont le poids génétique des fautes originelles -et donc l'intangibilité des êtres et de leurs affects-, la corruption des verts paradis de l'enfance et la perte de l'innocence.

Dans ces histoires cousues de fils blancs et noirs, Faulkner gravite autour du lignage frelaté de Lucius Quintus Carothers McCaslin, aïeul incestueux à la descendance métissée. Deux héritiers, issus de branches distinctes, Ike McCaslin et Cass Edmonds jouent un rôle prépondérant dans cet adieu déchirant à un Sud dénaturé.

Dans trois des nouvelles ici rassemblées, l'apprentissage de la vie sauvage à travers la chasse permet à Ike de remonter le fil de sa mémoire : son baptême sanglant, rite initiatique offert par Sam Fathers, son mentor Indien, sa confrontation aux forces primitives de la forêt ou son allégeance à la beauté du cerf ou à la majesté de l'ours lui permettent d'oublier un instant l'altération irrévocable de la nature primordiale.

Il se souvient que Vieux Ben, le coriace plantigrade, résistant déconcertant aux changements du monde, a fini par mourir sous les attaques conjointes d'un chien belliqueux, Lion, et d'un poivrot rustique et que Sam Fathers, presque simultanément, s'est éteint comme un feu de camp à l'aube pour mieux se fondre à l'humus de sa sylve natale.

Ailleurs, de vieux papiers oubliés réveilleront les ombres d'une sale histoire familiale imbibée de sang et de larmes et réactiveront les affres de l'esclavage et de la ségrégation.

L'écriture faulknérienne, luxuriante, ondoie, serpente, s'insinue ; rêche à force d'abstraction, elle sait se faire suave et évocatrice. Les sens en alerte, le lecteur se blesse aux écorces des grands arbres, s'enfonce dans le terreau des sous-bois, flaire les effluves animaux : cette errance adamique des premiers jours de l'humanité est d'une terrible beauté.

Et puis la nouvelle parfaite, Le noir sied au bouffon (Pantaloon in black), blues déchirant sur un deuil impossible ! Inoubliable Rider, Orphée dérisoire qui ne peut retenir le fantôme de sa noire Eurydice et exorcise sa douleur dans le travail, l'alcool et la violence.

Sidéré!

" Oppressed so hard they could not stand
Let my people go!
"

 

Descends, Moïse - William Faulkner
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