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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


Ça ira (1) Fin de Louis - Joël Pommerat

Publié par Thierry L. sur 20 Janvier 2018, 08:38am

Catégories : #Applaudi

Création fleuve, Ça ira (1) Fin de Louis, est un spectacle exaltant. Pédagogique sans être sentencieux, Joël Pommerat retrace ici les débuts de la Révolution française de la Réunion des États Généraux organisés dans l'espoir de sauver une France en crise jusqu'à la fuite de Louis XVI. Il s'agit de démonter la mécanique qui, de discours en coups de force, a donné naissance à notre démocratie.

Sur la scène se succèdent donc réunions, comités, commissions, assemblées de quartier et sessions diverses durant lesquels la Démocratie s'engendre, timide d'abord, affirmée ensuite lors de la création de l'Assemblée Nationale. Tiré de discours et articles d'époque, le texte cherche la clarté didactique : il démonte la mécanique de la pensée en action. Pommerat fait circuler le bâton de paroles entre les raisonnables et les raisonneurs, les meneurs et les suiveurs, les jusqu'au-boutistes et les ventre mous et c'est passionnant. Son théâtre parle à l'intelligence.

Ça ira (1) Fin de Louis oppose la force brute des sans-paroles à celle plus policée mais tout aussi dangereuse des orateurs : les idées les plus généreuses (Droits de l'Homme, Liberté, Égalité, Fraternité) sont soumises au réel et la faim, la misère ou la frustration accélèrent le cours de l'Histoire.

Le dispositif scénique favorise la réflexion brute, sans les filtres habituels : de nombreux acteurs jouant dans la salle, le spectateur se sent à son tour partie prenante des assemblées. Il reçoit la parole de l'autre, des autres dans l'effervescence des débats comme autant de punchlines et participe de la fébrilité de cette fascinante parturition politique.

"A travers le langage, les costumes, le son, etc., j'ai voulu représenter le passé au présent, donner une sensation de temps présent face au passé." prévient Pommerat.

Pas de reconstitution historique ici donc : seul le Roi est nommé (Louis XVI), les comédiens ressemblent à s'y méprendre à nos contemporains et le décor est une page grise offerte à notre imagination. Bien sûr, on reconnait Necker, Marie-Antoinette, on soupçonne Robespierre ou Sieyès mais neutralisés par leur anonymat théâtral, leurs idées déboulent vierges de préjugés. Place aux mots ! Pommerat fait du théâtre "un lieu de simulacre et d'expérience collective" et interroge l'engagement de chacun : qui parle comme j'aurais pu le faire, comme je pourrais le faire, comme je devrais le faire ?

La mise en scène qui alterne calme et tumulte, pompe et ridicule, légèreté et densité est toute au service de la parole libérée : les comédiens perruqués changent de personnages comme les personnages changent d'idées, tout est rapide, précis et galvanisant. La distribution impressionne : c'est un orchestre où chacun est au service de l'ensemble que dirige Pommerat avec une intelligence subtile.

Éminemment politique, ce spectacle électrisant est un acte de salubrité publique.

 

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