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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


Rumeur et petits jours - Raoul Collectif

Publié par Thierry L. sur 1 Décembre 2017, 17:44pm

Catégories : #Applaudi

Poétique et éminemment politique.

Soient cinq camarades, chroniqueurs engagés de l'émission foutraque "Épigraphe". Chaque semaine, entre fulgurances lyriques et rubriques scientifiques, les débats vont bon train parmi cet aréopage de gauche!

L'émission, diffusée en public, confronte un tribun énervé et robespierriste (Romain David, excellent), un modéré conciliant (David Murgia, sobre et juste), un coupeur de tête (Jérôme de Falloise, noyé dans la fumée de ses clopes) et un écologiste sensible (génial Jean-Baptiste Szézot).

Le chef de la petite bande (Benoît Piret, impeccable de veulerie) vient d'apprendre la cessation de l'émission, jugée par les financiers de la radio par trop anti-libérale. La parole se libère et le spectateur médusé assiste à un happening sauvage où, dans une sorte de "marabout bout de ficelle", l'un évoque la société du Mont Pélerin (think tank antiégalitariste), un autre pleure sur la disparition programmée de l'axolotl ou du aye-aye cependant qu'un troisième ratiocine ad libitum sur une fabulette animalière proposée par une auditrice acharnée, la fidèle Benoîte Grillou mais empruntée à Henri Michaux, prétexte pour chacun à se situer sur le baromètre de la gauche : « Dans un pré exigu paissent une vache et un cheval. La nourriture est la même, le lieu est le même, le maître dont ils dépendent est le même et le gamin qui les fera rentrer est le même. Néanmoins la vache et le cheval ne sont pas « ensemble ». L’un tire l’herbe de son côté, l’autre de l’autre sans se regarder, se déplaçant lentement, jamais très proches et si cela arrive, ils paraissent ne pas se remarquer. Aucun commerce – ils ne s’intéressent pas l’un à l’autre – mais pas non plus d’agression, ni querelle, ni humeur. ».

L'esprit de "Droit de réponse" souffle sur le spectacle avec l'arrivée de Tina (There Is No Alternative), matérialisation du slogan ultra/néolibéral de Thatcher sous la forme d'un travesti trop blond pour être honnête, puis avec la pulvérisation de brouettes de boulgour sur la scène, champ de bataille des derniers utopistes d'une gauche qui se meurt.

Tract théâtral appelant à la vigilance voire à la résistance, "Rumeur et petits jours" frappe fort et juste : la voix des libertaires est-elle appelée à disparaître comme les tortues molles de Cantor sous les coups toujours plus ajustés des libertariens ? Ç’aurait pu être lourdement dogmatique, c'est léger et irrésistible de drôlerie. La mise en scène est inventive, les comédiens évitent tout excès dans la caricature : on devine que "collectif", ici, n'est pas un vain mot. 

S'amuser et réfléchir : beau programme!

 

 

"Antenne dans cinq minutes"

"Antenne dans cinq minutes"

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