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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


La Religieuse - Denis Diderot

Publié par Thierry L. sur 23 Février 2017, 11:30am

Catégories : #Lu

Sœur Sainte-Suzanne, enterrée vivante derrière la clôture d'un couvent, écrit un mémoire (des mémoires) en forme d'appel au secours.

Bâtarde adultérine, Suzanne Simonin est cloîtrée de force : cela pour permettre à sa mère d'expier sa faute et à ses sœurs (légitimes, elles) de ne pas être lésées dans leurs intérêts.

De tout son être, Suzanne refuse cette vie de couventine et n'aura de cesse de se révolter contre l'injustice qui lui est faite. Dans un premier temps, au couvent Sainte-Marie, elle scandalise en refusant de prononcer ses vœux. Ses parents la séquestrent alors et, une fois l'affaire oubliée, la confient à un autre couvent, à Longchamp. 

La jeune novice s'apaise sous la tutelle bienveillante de sa Supérieure, la mère de Moni, une religieuse mystique et maternelle en fin de vie. La mère Sainte-Christine, une ignominieuse sadique, la remplace et Suzanne connaît alors l'Enfer que pave une bonté d'apparence. Un long martyre commence pour la jeune vierge : tourments physiques et mentaux, humiliations et relégations.

Grâce à un subterfuge, Suzanne fait parvenir un mémoire à un avocat, Maître Manoury qui se lance en vain dans un procès pour lui faire quitter les ordres. Devant cette indomptable volonté, la fureur de la mère Sainte-Christine n'a plus de bornes : bourrelle perverse et salope intégrale, elle poursuit de sa haine morbide la désormais sœur Sainte-Suzanne, celle-ci ayant prononcé ses vœux bien malgré elle.

Changeant enfin de couvent, Sainte-Suzanne tombe de Charybde en Scylla : sa nouvelle Supérieure, hystérique convulsive, s'éprend d'elle jusqu'à la folie. Tribade frénétique, la moniale se métamorphose en sangsue : ses yeux, ses mains et sa bouche colonisent la chaste nonne qui ne devra son salut qu'à son confesseur. Il lui donne les moyens de s'évader de cette communauté et d'être enfin libre.

Ce long hurlement de détresse d'une emmurée est constamment poignant. On y perçoit un souffle rauque, au bord de l'asphyxie, cherchant obstinément une goulée d'air pur. La composition du roman est elle-même claustrale : la rareté des alinéas suffoque le lecteur entraîné comme malgré lui dans des tunnels textuels, de sombres et douloureux purgatoires.

D'une puissance rare, le récit de Diderot est d'un anticléricalisme lucide : les lieux clos sont des cloaques où macèrent l'oisiveté, l'envie, la rancœur. C'est le philosophe qui s'émeut à travers la douce Suzanne : son cri ("Un de ces pauvres cris dont est fait le silence") fait écho à ceux de tous les enfermés.

Sublime et imparable !

La Religieuse - Denis Diderot
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