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La vie errante

La vie errante

Mes goûts et mes couleurs


Le coup droit lifté de Marcel Proust - Marcel Proust - Rodolphe Dana (Collectif Les Possédés)

Publié par Thierry L. sur 25 Janvier 2017, 16:28pm

Catégories : #Applaudi

Le noir sur scène. Soudain s'élève une voix bien connue de tous les proustiens, celle de Céleste Albaret, la gouvernante du "petit cher Marcel" (sic), enregistrée par Roger Stéphane en 1962 pour cette merveille qu'est restée le "Portrait-souvenir" consacré à l'écrivain.

C'est Céleste et ce n'est pas vraiment elle : le doute ne dure que quelques secondes... Antoine Kahan, l'un des trois comédiens sur scène, imite (voire recrée) la locution excentrique de la brave femme avec ses "cuirs", ses liaisons approximatives et surtout son phrasé inoubliable qui hésite entre celui de la Duchesse snob et de la paysanne lozérienne. Il nous restitue ce témoignage émouvant de l'achèvement d'une œuvre et d'une vie.

Quand la lumière revient, le trio de comédiens nous offrent quelques extraits choisis du premier volume de la Recherche, "Du côté de chez Swann". Rodolphe Dana et les Possédés ont fait le pari de donner à entendre une écriture et ont pour cela sélectionné quelques morceaux de bravoure du roman, tous labellisés "Lagarde et Michard". La mise en scène est volontairement minimaliste (pas de décor, très peu de déplacements, juste un fond sonore discret et allusif) : place aux mots !

Marie-Hélène Roig reste tout au long du spectacle d'une sobriété réjouissante. A elle l'incipit (particulièrement casse-gueule, tant il résonne encore en chaque lecteur) et la célébrissime madeleine (autre acmé incontournable) : le miracle s'accomplit, la langue proustienne (la plus voluptueuse de toutes, d'une pureté et d'une précision sans égale) se déploie comme une étoffe chatoyante, d'un velouté incomparable et diapre chaque phrase de sensations uniques.

Katja Hunsinger semble plus fragile : le sens du texte lui échappe quelquefois lors des périodes proustiennes. Son "Baiser du soir" manque de fluidité, elle achoppe sur le texte et -pour paraphraser Proust- empêche en nous tendant cette hostie pour une communion littéraire que nos esprits y puisent la présence réelle de l'auteur.

Antoine Kahan, enfin, peine à se départir de ses oripeaux de comédien : s'il joue avec une vraie cocasserie le rôle de ce snob parmi les snobs qu'est Legrandin, il multiplie les jeux de sourcils et les mimiques trop explicites et phagocyte les mots de l'écrivain à son seul bénéfice (même dans un morceau aussi poétique que celui des clochers de Martinville et Vieuxvicq). Grâce lui soit rendue cependant d'avoir démontré que le comique proustien est irrésistible.

Une soirée très plaisante donc, roborative, avec des comédiens investis qui défendent avec brio les mots du romancier.

On se prend à rêver d'un second rendez-vous avec des textes moins "tarte à la crème" et qui iraient au delà de chez Swann...

 

Le coup droit lifté de Marcel Proust - Marcel Proust - Rodolphe Dana (Collectif Les Possédés)
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