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La vie errante

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Mes goûts et mes couleurs


La terre - Émile Zola

Publié par Thierry L. sur 28 Mars 2016, 07:59am

Catégories : #Lu

"De même que la gelée qui brûle les moissons, la grêle qui les hache, la foudre qui les verse, sont nécessaires peut-être, il est possible qu'il faille du sang et des larmes pour que le monde marche. (...) Nous n'avons notre pain que par un duel terrible et de chaque jour. Et la terre seule demeure, l'immortelle, la mère d'où nous sortons et où nous retournons, elle qu'on aime jusqu'au crime, qui refait continuellement de la vie pour son but ignoré, même avec nos abominations et nos misères."

Et des abominations, des misères, Zola a en rempli son 15ème "Rougon-Macquart", le roman des instincts animaux. De la sueur et du sale... Céline et Houellebecq descendent tout droit de ce Zola-ci.

Un charroi de fumier : lire "La terre", c'est s'enfoncer dans la désespérance et s'asphyxier lentement sous des effluves létaux.

Il est impressionnant de relire aujourd'hui ce (très grand) roman d'une violence, dans les mots et les idées, aussi démesurée. Ce n'est pas tant un portrait du monde paysan que celui de l'humaine condition que met en lumière Zola.

Son témoin, Jean Macquart, va vivre pendant une dizaine d'année à Rognes (rogner, rognures...) au milieu des habitants de ce village de la Beauce, dix ans pendant lesquels vont se succéder, sur fond de rut général, batailles à coups de poings et de mots, saouleries, tromperies, reniements, inceste, vols, viol, crimes... Il faut bien vivre.

Dans ce microcosme boueux (que Dieu, comme l'abbé Godard ou l'abbé Madeline, a déserté), personne à sauver, et surtout pas les Fouans, Atrides ruraux, dont chaque figure est brossée à l'eau-forte : l'ignoble Buteau, bouc assassin, Jésus-Christ, sorte de Robert Le Vigan pétomane, les Charles, tauliers de père en filles, la Grande, sèche comme l'avarice, j'en passe et des pires.

La terre, matrice ultime, qu'on chérit et qu'on trompe, qu'on enfante et qu'on avorte, sur laquelle on éjacule (Buteau tel Onan), qu'on recouvre de déjections (la Frimat qu'on nomme La mère caca), la terre est mère et putain pour Zola : "Il partait, lorsque, une dernière fois, il promena ses regards des deux fosses, vierges d'herbe, aux labours sans fin de la Beauce, que les semeurs emplissaient de leur geste continu. Des morts, des semences et le pain poussait de la terre."

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